mardi 7 juillet 2009

La banalité du mal


"La banalité du mal", Hannah Arendt l'a décrite, Jack Ketchum la montre.
"Girl next door", sorti il y a peu chez Bragelonne Ombre sous le titre "Une fille comme les autres", est l'adaptation libre de l'affaire Sylvia Likens qui avait stupéfié les Etats-Unis en 1965. La séquestration et la torture, trois mois durant jusqu'à l'issue fatale, d'une adolescente de 16 ans par la femme qui en avait la garde, ses enfants, et plusieurs jeunes du voisinage.
Jack Ketchum reconstruit les faits et les livre au lecteur avec une précision d'entomologiste. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de penser, à la lecture du roman, que les évènements décrits ressemble à la torture d'un insecte capturé par un groupe d'enfants. Il y a la même insensibilité, la même absence de limite morale, le même sentiment paisible de toute puissance qu'on ne trouve que chez les psychopathes et que les enfants cessent normalement très tôt d'éprouver.
Sylvia Likens a été torturé longtemps et par beaucoup de monde. C'est en cela que son cas est exemplaire. Les enfants battus sont généralement le fait d'un parent ou tuteur violent. Les meurtres ou torture en bande existent mais ils sont des actes de forte intensité et de courte durée. Ici groupe et durée sont réunis; trouver une explication est difficile.
Le seul embryon d'explication donnée par la tortionnaire était qu'elle voulait donner une leçon à Sylvia pour lui apprendre que les femmes souffrent toujours à cause de leurs désirs. La féministe Kate Millet a consacré un ouvrage "The basement" à l'affaire qu'elle analyse comme une volonté d'oblitérer la féminité.
Autorisés, encouragés, aidés et supervisés par une mère folle, les adolescents du voisinage libèrent leur tension sexuelle dans le sadisme. Comme l'avait montré Milgram dans sa fameuse expérience, la permission d'outrepasser les codes moraux donnée par une autorité permet à presque tout un chacun de s'en abstraire. Et le travail d'Adorno sur la "personnalité autoritaire" ne dit pas autre chose.
Jack Ketchum fait raconter cette histoire, après coup, par un témoin passif et il place ainsi la lecteur dans la position dérangeante de ce témoin qui voudrait aider mais ne peut s'empêcher de regarder pour savoir, comme il l'écrit, jusqu'où ça peut aller. J'ai lu "Girl next door" en une après-midi, fasciné, hypnotisé, comme par un serpent. Ce livre mort. On en sort épuisé.
Deux films ont été tirés de l'affaire : Girl next door et An american crime.
Girl next door aka Une fille comme les autres, Jack Ketchum

lundi 6 juillet 2009

Tu quoque


Après un premier recueil de nouvelles d'une qualité incomparable, "Janua Vera", Jean-Philippe Jaworsky publie son premier roman, situé aussi dans le Vieux Royaume. Il revisite dans ce roman la principauté de Ciudalia dans les basques de l'assassin Benvenuto Gesufal.
Tout ce que je pourrais écrire ici ne rendre pas justice à "Gagner la guerre". Ce roman est de ceux qu'on n'oublie jamais.
L'ouvrage commence par une victoire décisive. La guerre est finie. Les héros rentrent. Le plus dangereux va maintenant être d'organiser la paix et le partage des dépouilles. There's no honor among thieves ! L'un des "artisans" de cette paix sera Benvenuto, exécuteur des basses oeuvres du podestat Léonide Ducatore.
Avec cette plongée dans les arcanes de la principauté de Ciudalia c'est dans la république romaine que Jaworsky nous entraine. Ville-Etat enrichie par le commerce et la guerre, Ciudalia est une incarnation matérialisée de la politique. A Ciudalia la vie est faite de mariages politiques, d'assassinats politiques, de complots politiques ; à Ciudalia, il y a un Sénat auquel il serait fou de se rendre sans gardes du corps ; à Ciudalia il y a deux podestats, un civil et un militaire, élus pour un an et pas (encore) de dictateur ; la conquête du pouvoir est l'alpha et l'oméga de la vie publique et attise les rivalités entre factions de sénateurs, tous nobles.. Et comme chez Machiavel, tout les moyens sont bons pourvu qu'ils soient efficaces. Et comme chez Machiavel, au final, mieux vaut se faire craindre que se faire aimer car se faire craindre est plus facile à contrôler. Durant les presque 700 pages du roman on suit l'intrigue comme une partie d'échec dans laquelle la stratégie est parfois retournée par des bouleversements tactiques adverses. Les hommes (les innombrables personnages du roman, détaillés et vivants) sont des pions déplacés avec brio par le maitre Ducatore, calculateur implacable à la capacité d'adaptation exceptionnelle, un vrai grand joueur.
Le fond, trépidante aventure qu'on lit à la vitesse de l'éclair et réflexion sur le pouvoir, l'art, la fidélité, justifie donc à soi-seul l'achat du livre. Mais il y a la forme. "Gagner la guerre" est l'autobiographie de Benvenuto. Sur le ton gouailleur du gamin des rues qu'il a été il explique pour nous cette guerre. Et il a du vocabulaire. Le style de Jaworsky est un enchantement. Il construit une cathédrale baroque de mots, éclatantes d'arabesques, de dorures, de détails au ciseau. Du grand art. Il y a dans "Gagner la guerre" plus qu'une affinité avec la profusion chatoyante du "Salammbo" de Flaubert. On est soufflé par une telle écriture. Si Benvenuto est la plus fine lame de Ciudalia, Jean-Philippe Jaworsky est sans conteste la plus fine plume du fantastique français et de loin.
Je n'écris pas plus, j'ai assez fait dans le dithyrambe, qu'on sache seulement que ceux qui n'auront pas lu "Gagner la guerre" auront raté un des romans majeur de l'année 2009 en français.
Gagner la guerre, Jean-Philippe Jaworsky

L'avis de Cédric Jeanneret

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jeudi 2 juillet 2009

Post-mammouth


Intéressante anthologie dans le cadre de la plutôt réussie collection "Mammoth book of..." (qui comprend de très nombreux ouvrages). "Extreme science fiction" regroupe des nouvelles récentes ou (très) anciennes, dans lesquelles les idées science fictuelles sont poussées à l'extrême. Les textes liés au concept de post-humanité sont les plus nombreux, et sont déclinés de nombreuses (et talentueuses) façons. Allons-y pour une présentation de ce qui est lisible dans ce recueil.

Gregory Benford, Anomalies, un texte court, sans grande conséquence mais plutôt drôle, une bonne mise en bouche.

Paul di Filippo, ...And the dish ran away with the spoon, un autre texte drôle et un peu inquiétant sur l'évolution imprévisible des objets communicants, à l'heure où de plus en plus de nos objets communiquent.

Lawrence Person, Crucifixion variations, une nouvelle dans laquelle les tachyons nous permettront (peut-être) de découvrir si la Bible est vraie. Pour le savoir il faudra lire la nouvelle. Ce n'est pas le premier texte sur le thème mais il est plutôt bien traité, je ne peux en dire plus sous peine de déflorer.

Stephen Baxter, The Pacific Mystery, une excellente uchronie pulp avec ce qu'il faut de femmes fatales, de nazis, et de traitres, qui puise dans le registre de la géométrie non-euclidienne et de ses conséquences sur la cartographie.

Flowers from Alice, Cory Doctorow et Charles Stross, les deux étoiles montantes de la SF concoctent une histoire de mariage délirante avec nouvelles formes d'humanité, objets communicants, nouvelles formes de famille, une merveille d'inventivité (décidément Cory Doctorow est un Dieu).

Alastair Reynolds, Merlin's Gun, une histoire un peu longue d'arme ultime. On y retrouve l'idée de voyages et d'opérations militaires durant des millénaires ; aussi celle d'anciens artefacts utilisés par les successeurs de leur créateurs.

Geoffrey A. Landis, The long chase, une autre histoire de poursuite séculaire plus courte et plus futée que la précédente dans laquelle sont posées les questions de l'identité et de la conscience.

Stephen L. Gillet and Jerry Oltion, Waterworld, las post-humains explorent l'univers. Dans ce récit, ils sont soumis à un effroyable supplice de Tantale. Crap !

Robert Reed, Hoop of Benzene, vieux crimes de guerre et problèmes interculturels sur un vaisseau géant peuplé de centaines d'espèces. Une lecture agréable et un délicieux twist final.

B. Vallance, The new humans, une rareté écrite en 1909 et typique de l'époque, entre Lovecraft et pulp. Rien à voir avec ce qui s'écrit aujourd'hui mais nous avons tous le background culturel pour apprécier ces vielles nouvelles.

Theodore Sturgeon, The girl had guts, une nouvelle très Fleuve Noir dans laquelle une planète maudite porteuse d'une bizarrerie biologique tue ceux qui l'explorent et menace même la vie sur Terre. Amusant.

Ian Mc Donald, The days of Solomon Gursky, émouvante Histoire de tout l'Univers de maintenant au Big Crunch, agrémenté d'une histoire d'amour post-humaine qui survit aux éons (même l'amour de Dracula n'a pas duré aussi longtemps). Un beau récit.

Greg Egan, Wang's Carpet, dans l'univers de "Diaspora", des explorateurs post-humains découvrent qu'il est impossible de trancher le débat pour ou contre le solipsisme. Notons que beaucoup des idées de "Diaspora" sont développées dans les nouvelles citées, et le format court démontre leur force sans la sècheresse de la longueur. "Diaspora" en une succession de nouvelles serait sûrement une vraie réussite.

Jerry Oltion, Stuffing
, une amusante nouvelle finale. "Le festin de Babette" chez les post-humains, y compris ses conséquences peu ragoutantes :-)

Seuls ratés à mon sens de ce recueil, de rares nouvelles pompeuses où Dieu et moi nous unissons à l'échelle de l'Univers, et où manquent des personnages. Au final il n'y en a que 5.

lundi 29 juin 2009

Démérol


J'avais écrit dans ce post tout le bien que je pensais du tome 1. Le tome 2 confirme sans le moindre doute.
Si vous aimez les histoires glauques et dérangeantes (rares en BD), faites de ce Docteur M votre médecin traitant.
Le testament du docteur M, t2, Pecau, Damour, Froissard

dimanche 28 juin 2009

Un peu de bonne foi

Comme je l'écrivais précédemment, ma nouvelle Livebox Fibre faisait absolument n'importe quoi (à un point que j'ai rarement vu dans ma vie).

Mais je dois à la vérité de dire que : Orange a un service client dédié pour la fibre, et ces gens sont aimables et compétents.

En deux appels (presque une heure au total quand même) nous avons balayé toutes les hypothèses (et pas les débiles du genre "vous avez pensé à brancher la Livebox ?") ; nous avons réalisé quelques manips futées et utiles ; et depuis tout marche à merveille. L'intervenant a même proposé de me rappeler dans trois jours pour s'assurer que tout est toujours OK. Voila ce que devrait toujours être un service client. Bravo.

vendredi 26 juin 2009

Putain de Livebox Fibre

Salut à tous,

Je suis passé à la fibre optique depuis hier et la nouvelle Livebox n'a pas l'air stable du tout. Ma connexion est donc très aléatoire. J'espère que cela va rapidement rentrer dans l'ordre mais en attendant ne vous étonnez pas si je ne peux répondre aux commentaires.

A bientôt (j'espère pour ma santé mentale que ce sera bref parce qu'au bout de 18 heures je suis déjà au bord de la crise de nerf).

mardi 23 juin 2009

Devoirs de vacances

Sur le site ci-dessous on peut cataloguer ses livres à partir d'un milliard de bases de données, rencontrer des amis qui ont des goûts similaires (grumf !), lire l'avis critique de l'intelligence collective (sic !) ; là j'interprète un peu mais c'est l'idée.

Library Thing

Pour l'instant j'ai catalogué deux livres (et oui !!!). Rien ne dit que je continuerai mais qui sait... Et ça peut intéresser certains d'entre vous passants.

PS : Si je me décide à cataloguer à grande échelle, je pourrai ensuite mettre sur ce blog le petit lien qui permet d'aller voir ma bibliothèque online.

jeudi 18 juin 2009

Le premier roi fut un guerrier heureux


"Rois et capitaines" est une anthologie récemment sortie chez Mnémos, résultat d’un projet conjoint avec les Imaginales d’Epinal. Le titre de ce recueil dit assez bien son thème : les rois, et leurs capitaines, loyaux ou vénaux chiens de guerre qui font la sale besogne pour eux. Mon plus beau souvenir cinématographique associé est le rôle de Rutger Hauer, superbe salaud et chef de mercenaires sans foi ni loi dans "La chair et le sang" ; c’est à lui que j’ai pensé en achetant cette anthologie. Je l’ai parfois retrouvé entre ces pages, pas toujours.
Fidèle à mon habitude je vais décrire ce qui m’a plu, on en tirera soi-même les conclusions pour le reste.

Rachel Tanner, La damoiselle et le roitelet
, amusante uchronie, dotée d'un personnage à la Conan pour ce qui est de la diplomatie, qui aurait gagné à aller vraiment au bout au lieu de se terminer par un pardon, elle aurait ainsi été encore plus uchronique

Maïa Mazaurette, Sacre, une histoire sérieuse sur l'enfance d'un de nos plus grands rois et sur ses rapports avec son surprenant capitaine doublée d'un message féministe particulièrement subtil. Maïa Mazaurette démontre une fois encore dans cette nouvelle sa grande finesse d'esprit.

Lionel Davoust, L'impassible armada, une histoire de navires prisonniers de la "glace" qui évoque (lointainement) "Terreur" et met en scène un personnage de marin plus doué pour la survie que pour la navigation.

Catherine Dufour, Le prince des pucelles
, je ne suis en général pas fan de parodie ou d'écrits à la manière de..., je trouve que la facilité s'y mêle souvent à la vulgarité. Mais ici Catherine Dufour a su magnifiquement adapter et fusionner les divers contes de princesses en détresse pour en donner une réinterprétation magistrale et crédible autant qu'originale.

Armand Cabasson, Serpent-bélier, un bien beau récit de chamanisme dans l'immense steppe russe envahie par les hordes mongoles, qui est aussi une réflexion sur l'intolérance, le racisme, la stupidité crasse, et la manière dont ces sentiments amènent à des actions sous-optimales. Bien fait pour eux !

Johan Héliot, Au plus élevé trône du monde, un récit picaresque dans lequel D'Artagnan rencontre sur la Lune Cyrano de Bergerac. Je crois qu'il est inutile que j'en dise plus, qu'on sache seulement que c'est fort bien écrit.

Julien d'Hem, Le crépuscule de l'Ours, superbe récit d'un auteur débutant dans lequel un vieux guerrier légendaire perd ses qualités d'hommes d'armes en retrouvant sa conscience. Espérons que Julien d'Hem nous en écrira rapidement d'autres de cette eau.

Et, le meilleur pour la fin, Jean-Philippe Jaworsky, Montefellone, une histoire superbe et surprenante, une écriture comme il y en a peu en France, je crois qu'on pourrait acheter le recueil pour cette nouvelle seule. Après "Janua Vera", Jaworsky continue de m'impressionner.
Rois et capitaines, anthologie

L'avis de Cédric Jeanneret

vendredi 12 juin 2009

Mouais


Magie de l'Internet : je reçois il y a peu, d'un bouquiniste de Forcalquier jamais vu IRL, un livre imprimé en 1970.
Je ne vais pas me faire beaucoup d'amis mais je n'ai pas grand chose à en dire. Ce recueil de nouvelles de Ballard contient quelques nouvelles,vraiment bien écrites, obsédées par le thème, alors très à la mode, de la bombe démographique (à quelques années des travaux du Club de Rome et du rapport Meadows). Ce sont les seules intéressantes. Le reste est un assemblage de nouvelles de SF ultra-classiques (ce qui n'est pas un défaut mais pas une qualité non plus), et de cette SF caractéristique des années 60, marquée par le psychédélisme, dans laquelle des personnages évanescents contemplent l'univers et philosophent tout en effeuillant des marguerites dans des décors improbables (je ne crois pas avoir assez souvent des retours d'acide pour apprécier à sa juste valeur).
Billenium, J G Ballard

jeudi 11 juin 2009

Idiot savant


Premier roman traduit en français de Peter Watts, "Vision aveugle" vaut surtout par son personnage principal et le monde qu'il esquisse.
Sur le plan du scénario "Vision aveugle" est un roman de BDO (Big Dumb Object) comme "La nef des fous" de Paul Russo par exemple. Premier contact avec un artefact extra-terrestre, loin au delà de la ceinture de Kuiper. Une équipe de spécialistes est lancée dans l'inconnu pour l'examiner. Que peuvent ces aliens ? Que veulent-ils ? Sont-ils hostiles ? Ce sont en général les questions centrales de ce type de roman. On les trouve naturellement ici.
L'innovation n'est pas dans l'histoire. Elle se trouve dans le monde, esquissé plus que décrit (la description est elliptique mais fortement évocatrice, de ce point de vue l'écriture est une réussite). C'est un monde dans lequel il est possible de faire reprogrammer ses goûts ou ses sentiments, dans lequel le sexe physique en face à face est une rareté pratiquée seulement par quelques originaux, où un grand nombre d'humains insèrent leurs consciences de manière définitive dans des sensoriums virtuels. C'est aussi un monde dans lequel le travail est devenu inutile, et où quelqu'un qui travaille le fait par hobby et pas par nécessité. Dans ce monde on a ressuscité la race vampirique (sans qu'on sache trop pourquoi), on interface lourdement son corps à des systèmes, on a besoin d'intermédiaires professionnels pour expliquer aux uns la complexité produite par les autres.
Le héros et narrateur du roman est l'un de ces intermédiaires, et c'est un personnage fascinant. Amputé d'une partie du cerveau pour soigner une épilepsie gravissime, il a perdu tout affect dans l'opération. En contrepartie il a gagné la capacité, étant extérieur à toute implication émotionnelle, à analyser froidement toute situation, à percevoir presque instinctivement les affects des autres, à transmettre de manière fiable ce qui s'est passé dans toute interaction. Il analyse tout ce qu'il voit et entend, simule des émotions comme le ferait un psychopathe, s'analyse en train d'analyser. A ce jeu il a perdu toute chance de vie amoureuse ou amicale tant le mensonge, au moins par omission, et l'illusion naïve sont d'indispensables adjuvants des relations, mais il s'est retrouvé le plus qualifié pour aller servir d'interface entre les aliens et les envoyés de la Terre. Il est le plus qualifié aussi pour comprendre qu'il n'y a pas de réalité mais seulement des représentations de la réalité, différentes d'un individu à l'autre, à fortiori d'une espèce à l'autre ; pour comprendre aussi qu'intelligence n'implique pas conscience autoréflexive.
Après ces louanges, je vais aborder rapidement les deux défauts du livre, qui ne gâchent pas l'impression positive d'ensemble. D'abord il a malheureusement le défaut de quasiment tous les romans de BDO. On a du mal à être horrifié, bouleversé, déstabilisé au point où le sont les héros du roman, et on a un peu l'impression que l'auteur en rajoute dans l'effroi ressenti. Les personnages qui préfèreraient être morts plutôt que de savoir ce qu'ils savent maintenant sont génériques dans ce type de roman et leur mièvrerie m'étonne toujours. Le second défaut est une narration parfois tellement cryptique que l'auteur a jugé nécessaire d'écrire un chapitre explicatif à la fin du livre. Il aurait mieux valu que les choses s'éclairent au fur et à mesure.
Vision aveugle, Peter Watts

La chronique du Cafard cosmique

La chronique d'ActuSF


La chronique de Noosfere

mercredi 10 juin 2009

Iron Maiden's gonna get you, no matter how far


Prenez l'un des plus grands groupes de rock vivants (et je ne parle pas ici de groupe ressuscité). Ajoutez des roadies et quelques tonnes de matos. Emballez le tout dans un Boeing piloté par le chanteur Bruce Dickinson (qui est aussi écrivain et épéiste). Faites tourner sur 23 dates mondiales. Ayez la bonne idée de reprendre presque intégralement le gig du "World slavery Tour", sûrement la meilleure tournée de l'histoire d'Iron Maiden. Filmez en HD. Enregistrez en 5.1. Gravez le tout sur un Blu-Ray. Et vous obtenez l'excellentissime "Flight 666" qui est ce qui se fait de mieux dans le métal vintage.
Entre une soirée devant le Blu-Ray de Maiden et une au concert d'AC/DC, je n'hésite pas une seconde.
Flight 666, Iron Maiden (Bruce Dickinson, Steve Harris, Dave Murray, Janick Gers, Adrian Smith, Nicko McBrain

dimanche 7 juin 2009

On les grignotte


Après une histoire éditoriale un peu heurtée, les tomes 1 et 2 des "Sentinelles" sortent chez Delcourt (édité, merci anonyme). A travers une poignante histoire steampunk advenant pendant la première guerre mondiale, cette série racontera la grande conflagration au rythme d'un album par année et bataille marquante. Le héros en est un cyborg créé par l'armée française, pour gagner la guerre comme il se doit. Scientifique pacifiste enrôlé à son corps défendant, il participe au massacre dans l'espoir de l'abréger.
Le scénario est passionnant et le graphisme d'Enrique Breccia, vénérable dessinateur et illustrateur argentin est coloré, évocateur, réaliste y compris dans l'abjection, et très original.
Les sentinelles vol. 1 et 2, Dorison, Breccia

Mystère


C'est toujours bien écrit. C'est toujours beau, avec de superbes lavis. C'est toujours du thriller ésotérique au début du XXème siècle. C'est toujours "Les Mystères de l'Ouest" du surnaturel.
Volume 5 en librairie. "West" est organisé en dyptique, c'est donc le début du troisième. Mieux vaut commencer par le premier, mais ce n'est pas absolument indispensable, d'autant qu'il y a une présentation des personnages en première page, charmante attention rarissime dans la BD.
West vol. 5 Megan, Dorison, Nury, Rossi

samedi 6 juin 2009

Mettre fin à la mission


J'aime beaucoup la série "La geste des Chevaliers-dragons". Pour ceux qui ne connaitraient pas, ce sont les aventures, toutes indépendantes et one-shot, d'un ordre de chevalerie dont la seule mission est l'éradication des dragons et des créatures qu'ils engendrent. Cet ordre multiséculaire est composé uniquement de vierges, seules personnes capables de résister aux pouvoir mutagènes des grands vers.
Ce huitième volume est d'une très grande qualité et c'est pourquoi je parle pour la première fois de cette série. Comme chacun le sait, "Apocalypse Now", le film, est une adaptation très adaptée du roman de Joseph Conrad "Au cœur des ténèbres". "Le chœur des ténèbres", huitième opus des Chevaliers-dragons, est une adaptation BD du roman de Conrad. Elle est moite, folle, onirique, malsaine, comme le roman, prenante, comme le roman. Elle est graphiquement belle et scénaristiquement irréprochable. Elle est sans conteste la meilleure réalisation de la série, et de loin.
Le choeur des ténèbres, La geste des chevaliers-dragons vol. 8, Ange, Meddour

RPG for ever


Terre creuse, dinosaures, savants fous, aventuriers sans scrupules, tribus primitives, nazis impitoyables, starlettes et financiers véreux.
Maintenant, plus qu'à apprendre les règles et à faire jouer.
Hollow Earth Expedition, Jeff Combos, Editions Sans-détour

samedi 30 mai 2009

Glacial


Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur "Velum" alors je ne vais pas faire preuve d'originalité. "Velum" est un roman qui décrit une guerre multiverselle entre anges et anges déchus. Cette guerre se déroule simultanément dans tous les mondes et tous les temps, et elle met en scène une multitude d'avatars de quelques personnalités marquantes. Ultra référencé, le livre évoque plusieurs mythes antiques, manifestations hic et nunc de la guerre du Multivers ; il fait penser suivant les pages à Lovecraft, Borges, Moorcock, Reich, Jung, etc... Ecrit comme un assemblage de fragments brefs, il est ainsi doté d'une narration qui évoque le Ulysse de James Joyce.
"Velum" est donc un très bel exercice de style, érudit et plutôt réussi, clairement larger than life MAIS on s'y ennuie à mourir. Aucun personnage n'a assez de chair pour accrocher le lecteur. Pour parler clair, on se fout de ce qui peut leur arriver. Enclore l'éternité en 500 pages oblige à négliger les personnages, c'est le défaut rédhibitoire de "Velum". Qui peut aimer "Velum" alors ? Les amateurs de mythologie, les gens qui ont aimé "Le Silmarillion" de Tolkien ou "Diaspora" de Greg Egan par exemple.
Velum, Hal Duncan

L'avis détaillé de Nébal

L'avis détaillé d'Efelle

mardi 26 mai 2009

BOF


Hormis la nouvelle introductive de Silverberg, "Enter a soldier. Later : enter another" qui a justifié l'achat de l'anthologie, le tout est très dispensable.
Time Gate, Anthologie

dimanche 24 mai 2009

Trois, quatre, remonte chez toi quatre à quatre


Le second recueil de Gudule, après "Le club des petites filles mortes", vient de sortir. Huit novellas d'une centaine de pages environ.
J'évacue les défauts : un premier texte où tout le monde se connait et se reconnnait, qui rappelle un peu ces pièces de Molière où on s'aperçoit à la fin qu'ils étaient tous parents ; quelques facilités scénaristiques ; des climax parfois décevants après une montée en tension très efficace.
Ceci posé, reste le bon.
Au fil de ces huit contes pour adultes, on rencontre des enfants assassins, des enfants martyrisés, des liaisons incestueuses, de l'amour, du sexe. On oscille en permanence entre réalité, souvenirs, rêve, fantasmes, hallucinations, manifestations fantastiques, avec des transitions tellement douces qu'il est difficile de trouver la frontière entre deux états. Chez Gudule le subconscient se donne à voir en pleine lumière et le visible ne permet jamais de présager de l'invisible.
La progression narrative est rythmée à merveille car Gudule fait très bien deux choses : elle sait doser la montée en tension pour rendre son histoire progressivement de plus en plus inquiétante, et elle excelle à détourner l'attention du lecteur de la vraie direction vers laquelle se dirige la novella (Gudule invente le twist final de milieu de récit ;-) ce qui fait que chaque histoire est surprenante.
Elle décrit parfaitement les enfants ou les adolescents. Ils sont crédibles dans leur élocution particulière, crédibles dans leurs sentiments excessifs et incontrôlés, ou leur incapacité à percevoir ce qui est impossible.
Elle décrit les nombreuses sexes de sexe ou de désir sans utiliser toutes les métaphores convenues qu'emploient les auteurs masculins, et c'est reposant.
Elle sait créer une connivence avec le lecteur en écrivant le plus souvent à la première personne. La connivence personnage/lecteur est un art délicat qui avance entre deux écueils, l'œillade rigolarde et la trop grande distance. Gudule place ses personnages à la distance idéale, elle les rend par là même attachants. Elle fait aussi montre d'une ironie pince sans rire, drôle et perçante dans son cynisme et son mépris des conventions sur ce qui est dicible, qui la place à des années lumière de la prose des spécialistes français du gros pastiche qui tache. Quantité des phrases placées par Gudule dans l'esprit de ses personnages pourraient être utilisées comme aphorismes.
Aucun texte n'est mauvais, mais dans les limites de ce que j'ai écrit plus haut. Certains sont vraiment bons avec une mention spéciale personnelle pour les deux derniers textes, l'un doté d'une "Mary Higgins Clark" perverse, l'autre écrit avec un style qui rappelle fortement les nouvelles de Boris Vian. Au final un recueil en dessous du précédent mais qui ne déçoit jamais vraiment.
Les filles mortes se ramassent au scalpel, Gudule

mercredi 20 mai 2009

Déchire sa race


En kiosque le n° 2 du seul féminin lisible
Causette

Ne pas voir, ne pas entendre...


N'intervenant que sporadiquement il me plaît de jouer l'ombre discrète qui de temps en temps fait remonter un ouvrage d'une pile dans l'ombre de LA pile. Or je viens de terminer The City and The City de China Miéville. Miéville est un auteur qui à l'issue de la lecture de Perdido Street Station s'est propulsé instantanément (enfin, pour autant que l'instantanéité puisse être ramenée à la longueur de ce roman) dans mon petit panthéon personnel, avec Dick, Borges, Herbert et quelques autres.
Son dernier roman tranche avec les univers punk-chaotiques qui l'ont fait connaître. Il s'agit d'une dystopie ou d'une uchronie (on ne le saura pas forcément, même jusqu'à la fin) contemporaine, se passant dans deux villes états de l'Est voisines. Tellement voisines d'ailleurs qu'elles sont superposées sur une grande partie de leur surface. Besźel et Ul Qoma, qui semblent être des contractions fantastiques de la Turquie et de la Syrie, adoptent alors un modus vivendi particulier : les frontières étant extrêmement strictes (ces deux états ont été en guerre plusieurs fois et les tensions sont vives), et les habitants de nationalité différentes habitant côtes à côtes, ceux-ci doivent apprendre très tôt à dévoir et désentendre la moitié de leur environnement (traduction à la volée, nous verrons si l'édition française me conforte - et oui ce n'est pas encore en VF).
Je ne vais pas plus déflorer le roman qui nous fait rentrer en douceur dans cette psychose et qui pas à pas, nous laisse croire que cela ne va pas tenir la route de la logique. Pour mieux nous montrer au détour d'une anecdote que si, il y a des raisons qui font que les véhicules ne se rentrent pas dedans, ou qu'il n'est pas possible de tricher et de voir en faisant semblant de dévoir... Cette dernière règle de l'univers de The City and The City étant jusqu'à la fin la plus mystérieuse et le ressort d'une bonne partie de l'intrigue. Quand je vous parlais de Borges...
Intrigue qui d'ailleurs est assez lapidaire, voire aride, avec un crime commis qui implique les deux villes, un inspecteur qui va devoir faire le "voyage" pour le résoudre, et des répercussions autour de la Brèche, cette mystérieuse force omnisciente qui emporte ceux qui voient alors qu'ils ne devraient pas.
Le livre est extrêmement plaisant une fois que ne l'on s'attend plus à l'univers baroque habituel de Miéville, et que l'on se fait aspirer par sa paranoïa. A lire a minima pour l'énorme plaisir de suspension de l'incrédulité qu'il provoque : si vous n'avez pas aimé Miéville jusqu'à présent, vous avez droit à une deuxième superbe facette de ses talents. A vous de jouer !
The city and The City, China Miéville

lundi 18 mai 2009

Ex nihilo


Voici un livre fascinant et important. Fascinant par son sujet, la création d'une histoire nationale mythique dans le but de créer une communauté politique et de légitimer sa revendication territoriale. Important par le terrain qu'il étudie, le "peuple juif" et la revendication de ses représentants sionistes sur les terres de la Palestine mandataire puis, au delà, de ce qui est nommé par eux Eretz Israël.
"Comment le peuple juif fut inventé" n'aurait pas pu être écrit par quelqu'un d'autre qu'un chercheur israélien. Tout autre auteur aurait été taxé d'antisionisme au mieux, d'antisémitisme au pire (Shlomo Sand montre d'ailleurs qu'en Israël les deux notions sont parfois volontairement confondues).
Au fil de cet ouvrage Schlomo Sand commence par rappeler que les mouvements nationalistes politiques ont fait florès au XIXème siècle et qu'ils ont suivi deux grands courants, un courant, civique, d'adhésion au groupe, caractéristique de la vision française de Renan par exemple, et un courant ethnobiologiste dans lequel seul le peuple racial peut fonder la nation, cette vision ayant dominé en Allemagne par exemple. Le nationalisme politique a été le moyen par lequel des entités nationales, largement imaginaires, se sont constituées puis ont accédée à l'autonomie politique, voire à la création d'Etats ad hoc. Au milieu de ce "Printemps des nationalités" s'est constitué un mouvement, intellectuel avant d'être politique, de juifs d'Europe de l'Est qui ont tenté de définir eux aussi leur identité nationale. Baigné dans les cultures allemandes et russes de l'époque, ces pionniers de la conscience juive ont privilégié une définition ethonobiologique de la nation. Nonobstant la grande variété des cultures, des langues, et même des traits physiques des différentes communautés juives du monde, ces intellectuels ont cherché à démontrer que tous les juifs du monde étaient les descendants du peuple juif de la Bible exilé après la destruction du temple de Jérusalem ; qu'ils formaient donc un peuple distinct et identifiable, on dirait aujourd'hui une ethnie, on disait à l'époque une race. Dans cette mythologie fabriquée à grands renforts d'exégèses de la Bible (qui passe maintenant pour la vérité admise), le peuple juif a réellement vécu la plupart des épisodes que raconte l'Ancien Testament (ils sont simplement rapportés à des phénomènes naturels, lorsqu'il y a miracle, pour ne pas heurter la sensibilité scientifique de l'époque ni la large frange laïcisée des communautés juives), il a été exilé après la destruction du temple, soit peu de temps après JC, il s'est dirigé massivement mais pas exclusivement vers l'Europe, il n'a pas réalisé de conversion, et donc les juifs du monde sont tous les descendants de ce peuple juif exilé qui a quitté sa terre il y a deux mille ans. Schlomo Sand remarque, non sans ironie, que cette version des faits valide le mythe chrétien du juif errant déraciné de sa terre et condamné à errer de par le monde en punition du déicide. Il montre, plus sérieusement, qu'elle se heurte aux faits linguistiques, archéologiques, génétiques.
Il montre que la chronologie biblique est à l'évidence erronée et que quantité des éléments qu'elle contient sont difficiles ou impossible à établir scientifiquement. Il montre que les faits prouvent qu'il n'y a pas eu d'exil massif, ni au premier siècle, ni même plus tard. Il montre que l'extension de la religion juive après la premier siècle ne peut s'expliquer que par des actes de conversion, parfois massive, annulant ainsi toute velléité d'identité biologique. Il montre qu'il n'existe aucune culture laïque commune à toutes les communautés juives du monde qui serait la trace d'une histoire un tant soit peu commune. Il montre que les juifs d'Europe de l'Est, à l'origine du sionisme, sont vraisemblablement des descendants de khazars, c'est à dire d'un peuple converti au judaïsme et sans lien biologique avec les habitants de la Judée primitive. Il montre comment l'historiographie a été mise au service de la volonté sioniste et comment les voix dissidentes se sont progressivement tues, sont progressivement rentrées dans le rang, ou n'ont eu qu'un accès limité aux médias et au public. Il montre comment l'archéologie a été convoquée dans le but de prouver les assertions sionistes et qu'elle a eu tendance à éviter de trop s'appesantir sur toutes les découvertes qui remettaient en cause l'histoire officielle. Il montre comment la génétique a cherché à montrer qu'il existait une parenté génétique entre tous les juifs sans jamais y parvenir. Il montre comment il existe en Israël des tabous dans la recherche universitaire dès qu'on touche à la question de l'identité juive. Il montre comment les plus hautes autorités du jeune Etat d'Israël (notamment Ben Gourion) ont participé activement à l'édification de ce mythe, car elles pensaient qu'il était indispensable à la fondation d'un sentiment national, et qu'elles l'ont fait en s'appuyant sur les religieux ce qui est une belle preuve de cynisme de la part d'un mouvement laïc. Ces prétentions à une antériorité extrême avaient évidemment pour finalité la légitimation internationale du retour des "juifs" (Sand montre à quel point les autorités ont été embarrassées lorsqu'il s'est agit de définir ce qu'était un "juif" ayant droit au retour) sur la terre d'Israël et l'éviction des populations "non juives". Jérusalem, qui avait été pour beaucoup de juifs au fil des siècles un idéal et un objectif spirituel, devenait au XXème siècle le point géographique réel de rassemblement du "peuple juif". A l'encontre d'un interdit religieux antique enjoignant aux juifs de ne pas rejoindre massivement Jérusalem, la Jérusalem terrestre prenait au XXème siècle la place de la Jérusalem céleste, avec la bénédiction des religieux qui lisent la Bible comme un acte du cadastre.
Schlomo Sand, chercheur en histoire à l'université de Tel-Aviv et partisan d'une société laïque et non distinctiviste, tente par ce brillant dévoilement de lutter contre le mythe qui fonde la domination.
Comment le peuple juif fut inventé, Schlomo Sand

Ouch !


Autant je m'implique fortement dans les livres que je lis, autant mes nombreuses BD ont une fonction essentiellement distractive. Cet état de fait explique l'existence même de ce post. Je crois que c'est la première fois à l'age adulte que je suis soufflé par un album. Pour l'être il faut avoir suivi les tribulations des héros de Walking Dead depuis le début, leurs combats et leurs espoirs. C'est pourquoi j'enjoins à ne pas aborder ce climax sans avoir lu les opus précédents. Et surtout j'enjoins Cédric Ferrand, qui disait avoir décidé d'arrêter après le 7, de revenir sur sa décision ; errare humanum est, perseverare diabolicum.
Ruez-vous, achetez les 8 tomes, lisez les, soyez soufflés aussi. En ce qui me concerne je crois que je ne vais pas pouvoir attendre le 9 en français et que je vais commander la version anglaise (désolé Delcourt pour cette trahison, je ne suis qu'un chien lubrique et contre-révolutionnaire)
Walking Dead 8, Kirkman, Moore

samedi 16 mai 2009

Comicstalgie


Toby est un lecteur fanatique de comics. Il vit dans notre monde, celui où personne n'a de super-pouvoir et où les super-héros ne sont que des personnages de bande dessinée. A l'age de 13 ans il découvre que les héros, mais aussi et surtout les méchants, de ces comics existent vraiment, dans une autre dimension, quand ceux-ci se mettent à arriver dans son monde et à le ravager.
Ce thème original est joliment traité dans l'intégral Marvel/Panini récemment sorti. Mark Millar crée un personnage de geek, différent et solitaire, immédiatement attachant. Le destin de Toby, seul à croire dans un monde incrédule, et ses interrogations concernent le lecteur. Et Toby ne cesse de s'interroger. Sa geekerie est-elle une erreur ? Devrait-il faire ce que tous lui conseillent et rentrer dans le rang ? Finira-t-il comme son père, brillant mais chômeur ? L'Histoire lui donnera raison quand, parce qu'il est le seul à croire, il est le seul à pouvoir et savoir réagir. Il démontre que comme l'écrivait Boris Vian "les masses ont tort et les individus toujours raison". Ce faisant il découvre le courage de son père et, à la fin, il embellit sa vie un peu comme le fait le fils de la miraculée de "Good Bye Lenin"
"1985" de Mark Millar est un bien joli comics. Les graphismes ne sont pas les plus délirants que j'ai vus mais l'opposition visuelle entre notre monde réel et le monde des comics est intelligemment traitée. Au final un recueil à lire pour se faire plaisir, à fortiori si on a soi-même été un ado lecteur de comics que les autres trouvaient un peu bizarre.
1985, Mark Millar, Tommy Lee Edwards

La critique de Néault

La critique d'Efelle

samedi 9 mai 2009

BOF


Sympathique mais infiniment trop adolescent dans ses thèmes comme dans son écriture, notamment par son côté déclamatif. Mais ceci explique aussi que les jeunes filles gothiques tombent en pâmoison en le lisant. Alors, comme le disait Bruno Etienne, "choisis ton camp, camarade".
Déchirures, Sire Cédric

mercredi 6 mai 2009

Ce soir sur la Chaine Histoire


La grande guerre mondiale contre les zombies est finie depuis 10 ans ; elle avait duré plus longtemps. "World War Z" est un ouvrage de témoignages écrit à partir de toutes les interviews réalisées pour faire un rapport destiné à l'ONU. Il se donne pour objectif de transmettre, au plus près de la réalité, le vécu humain de la guerre.
Ecrit par Max Brooks (le fils de Mel) déjà auteur du "Zombie survival guide", indispensable ouvrage pour qui veut survivre à la prochaine invasion zombifique, "World War Z" est un roman fascinant. Max Brooks vient de la télévision et ça crève les yeux. Son livre est conçu comme un documentaire télévisé historique. Mis à part une préface de trois pages, le narrateur n'intervient quasiment pas. Il présente le contexte de chaque entretien, pose parfois des questions, et c'est tout. La parole est donné aux témoins. Leurs témoignages se succèdent et ils sont très nombreux.
La multiplication des interlocuteurs permet de balayer toute la (longue) durée de la guerre et d'embrasser la totalité du front terrien. Elle met en lumière les perceptions divergentes, les différences d'analyse, la multiplicité des intérêts. Elle permet de prendre pleinement conscience de la façon dont des individus ordinaires ont réagi à l'incroyable, et de la manière dont toutes les certitutes se sont effondrées, entrainant des réorganisations massives et des changements brutaux de paradigme. Elle ajoute l'émotion vécue à la relation objective des faits. Elle captive le lecteur car chaque part de vérité ajoute une touche sur la fresque impressionniste qui se dévoile peu à peu.
La guerre totale que les zombies ont livré à l'humanité a entrainé l'effondrement de l'économie, victime de sa trop grande dépendance à des processus de production divisés à outrance. Elle a contraint les hommes (ou au moins les occidentaux) à redécouvrir avec la pénurie, le recyclage et l'économie des moyens. Elle a provoqué de grands bouleversements politiques d'un bout à l'autre de la planète. Elle a mis à l'honneur des méthodes de combat efficaces mais moralement très condamnables, rappelant ainsi à la lumière les mânes de Machiavel. Elle a rendu fou beaucoup de ceux qu'elle n'a pas tué. Elle a fait naitre des héros et révélé des salops. Elle a failli détruire l'espèce humaine, et elle a pollué la Terre pour des décennies. Elle n'est, en réalité, pas complètement finie.
En ces temps de (prenez votre souffle pour aller au bout) Grippe AH1N1, la propagation rapide de l'épidémie zombifique facilitée par les transports et le déni initial, puis la panique et l'effondrement économique qui la suit, décrits dans"World War Z" résonnent étrangement comme un avertissement.
World War Z, Max Brooks

La critique d'Efelle

La critique d'Hugin & Munin