jeudi 31 décembre 2009

Bad me


Taggé par El JC, je dois ici nommer 3 bonnes résolutions que je ne tiendrai surement pas en 2010. L'exercice est moins simple qu'il n'y parait. En effet il faut trouver des choses qu'on aimerait vraiment un peu améliorer en sachant pertinemment que les chances de succès sont très faibles, ce qui est un peu tue-l'envie.

1 ) Arrêter de tout faire au dernier moment : Voila environ vingt ans que je me dis chaque année que l'année prochaine je ne serai pas toujours à la limite. Voila vingt ans que je n'y arrive pas. J'aimerais bien arriver avant la retraite à avoir des cours planifiés un peu à l'avance.


2 ) Faire du sport : Pour augmenter mon bon cholestérol. Dommage qu'il n'existe pas une pilule comme celle qui fait baisser le mauvais. Dans cette optique, je donne à la recherche.

3 ) Me remettre aux jeux de rôle : J'en meurs d'envie depuis longtemps. Mais une famille normale a l'inertie moyenne d'un porte-avion et je ne crois pas pouvoir la faire virer de bord en moins d'un an.

Aux autres de travailler maintenant. J'appelle donc sur scène Néault, Papa Fredo, et Nébal (s'il accepte de sortir pour ce faire de sa retraite).

mardi 29 décembre 2009

C'est ma tournée (aka horror list)

A mon tour de proposer un petit best of et de faire réagir les malheureux acteurs de la blogospère (tout au moins les 0,00001 % que je connais).

Alors c'est parti pour la liste des meilleurs films d'horreur. Il m'en est revenu 12. Aucun DTV et pourtant j'en ai vu de nombreuses dizaines, plus médiocres les uns que les autres. Evidemment, comme toute liste, elle penche très fortement vers le récent, mais c'est l'inévitable défaut du genre.

Techniquement, je ne tagge personne. Postez vos commentaires et je lierai vers vos listes.

Bonne fin d'année.




lundi 28 décembre 2009

Destruction créatrice


Cory Doctorow est vraiment un auteur impressionnant. J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de son oeuvre ici, ou encore , et je vais encore une fois le répéter à l'occasion de la sortie récente de son dernier roman "Makers".
"Makers", non encore traduit, est disponible en anglais en version papier ou en téléchargement gratuit (en plein de formats ici), Doctorow étant un militant de l'open source, opposé au droit d'auteur. Il y développe sous forme romanesque ses théories sur l'open source et l'amélioration collective des produits ainsi que ce qu'il imagine comme la prochaine révolution technologique, à savoir "l'impression" d'objets réels, à l'aide de plans numériques, téléchargeables comme le sont aujourd'hui les fichiers images ou sons, c'est à dire la dématérialisation et la délocalisation de la production matérielle. Dit comme ça, ça n'a pas l'air sexy. Et pourtant ça l'est. Car les idées sont illustrées ici par la vie de personnages hauts en couleurs et rapidement attachants dans leur crédibilité (faite de forces, de faiblesses, de doutes, de faillites), et que, de surcroit, l'ouvrage ne cesse jamais d'être un roman et n'est jamais didactique.
Les personnages qui portent son histoire sont un couple de geeks brillants et créatifs, un venture capitalist, deux ou trois cadres, et une journaliste devenant blogueuse. Ils apportent leur pierre à l'édifice du progrès humain et, tels des nains sur des épaules de géants, amènent le monde plus loin.
Impossible en lisant "Makers" de ne pas penser à Schumpeter et à sa théorie du progrès technique porté par des entrepreneurs illuminés et brillants ; c'est ce que sont Perry et Lester, les deux héros du livre. Leur grande aventure, le New Work, est une grappe d'innovation qui amène au monde de nouvelles possibilités de développement. Dans le monde contemporain c'est un blog qui, en leur apportant la notoriété, leur apporte le succès (et ce blog est maintenu par une ex-journaliste qui a su quitter le monde d'hier pour entrer dans celui de demain). Dans la droite ligne de la thèse de Jérémy Rifkin sur "La fin du travail", Doctorow décrit un monde où vivent beaucoup d'hommes hors du salariat : entrepreneurs indépendants, petits commerçants, assistés sociaux. En effet, les révolutions technologiques changent aussi les rapports de production, comme diraient les marxistes. Comme dans la réalité les pionniers ont du mal à tirer profit de leur innovation : marché trop étriqué, personnalité trop chaotique des innovateurs, relations difficiles avec les gestionnaires. Mais, après la fin de leur heure de gloire, Lester pirate par conviction les imprimantes 3D qui sont la dernière grande idée de Disney pour vendre du superflu à la population. Ce faisant, Perry et Lester les ouvrent à tous les sens du terme, et les rendent alors réellement utiles. Doctorow développe ici une métaphore des rapports entre le matériel et le logiciel, et de l'importance de l'interopérabilité, qui rappelle la croissance et le succès des PC sous Windows, premier standard informatique permettant de créer un marché de masse.Et ce sera au final un gestionnaire, créatif frustré, qui comprendra qu'il vaut mieux intégrer cette source d'innovation que la combattre, et qui mettant en forme la créativité de Perry et Lester, la rendront accessible à l'ensemble de la population. J'ai pensé au multivers de Moorcock, dans lequel le Chaos crée et la Loi organise.
Déguisé en roman, "Makers" est un plaidoyer pour la créativité, pour l'open source, pour les projets collaboratifs que chacun peut améliorer en y ajoutant des fonctions. On y trouve de nombreuses références qui ne surprendront pas les lecteurs de Doctorow : l'informatique, les styles de vie, Disneyland, la culture de loisir, l'importance de la notoriété, le goût de la création, la méfiance à l'égard des majors. On y trouve aussi des sentiments humains forts, et des idées originales et plutôt amusantes telles que la création de fonds spéculatifs pour payer de longues procédures en justice contre des multinationales dans le seul but d'obtenir un rendement élevé grâce aux dommages et intérêts, ou un traitement efficace contre l'obésité qui oblige à manger 10000 calories par jour. En dépit d'une partie centrale un peu trop longue, c'est un vrai plaisir de lecture.
Makers, Cory Doctorow

A se faire offrir ?


Pince sans rire, très second degré, clairement bourdieusien par moments, Jean-Louis Fournier pointe dans ce (très) court ouvrage les différences existant entre riches, nouveaux riches, et pauvres grâce à une succession de saynètes, version littéraire des strips de BD.
Pas déplaisant mais 17 € pour 1 heure de lecture, ça fait cher l'ironie. A se demander si le pauvre Jean-Louis Fournier n'essaie pas devenir un nouveau riche en vendant des livres.
Les mots des riches, les mots des pauvres, Jean-Louis Fournier

jeudi 24 décembre 2009

Happy birthday Jesus



Mon Santa Cthulhu ne parle qu'italien. Désolé.

lundi 21 décembre 2009

Si beau que ça fait mal


Tome 7 de l'excellente (le mot est faible) série "Murena", de Dufaux et Delaby, qui conte la vie de Néron ainsi que son oeuvre, aimable comme chacun sait. Histoire d'amitié trahie et de vengeance, "Murena" est d'une cruauté extrême. Appuyée sur de nombreuses recherches historiques, la série est historiquement juste. La civilisation romaine y est décrite dans sa barbarie païenne, comme dans la série "Rome" de HBO. Sexe, violence, meurtre, trahison et conspiration sont la norme de la politique romaine ; c'est aussi le cas dans Murena. Les dessins sont superbes, et les couleurs, pastélisées, apportent le charme de la lumière romaine.
La série "Murena" est un véritable chef-d'oeuvre, peut-être la meilleure série de BD que je connaisse.
Si tu aimes la Rome antique, tu dois lire "Murena",
Si tu aimes l'Histoire, tu dois lire "Murena",
SI tu aimes la BD, tu dois lire "Murena"
Murena t. 1 à 7, Dufaux, Delaby

samedi 19 décembre 2009

J'ai du goût et pas vous

A la demande générale de Guillaume44 de l'excellent blog Traqueur stellaire, voici la liste des 15 meilleurs film de SF de toute l'Histoire du cinéma de SF. Je n'ai pas eu le courage de les classer, ils apparaissent donc de manière parfaitement stochastique. J'espère que ça n'intéressera pas que ma mère ;-)






mercredi 16 décembre 2009

Coïtus interruptus


"Nord absolu" est un roman de littérature blanche qui louche un peu sur l'anticipation. Dans une République nordique dictatoriale, deux destins parallèles, ceux de Niels et de Paul. Paul est un citoyen lambda, progressiste sans conviction ; Niels est un héros du nouveau régime. Ces deux destins se rejoignent d'une manière inattendue. Dans un cadre qui évoque irrésistiblement la France post Algérie française, nous voyons comment une dictature peut s'installer paisiblement, sans révolution, avec l'assentiment tacite des "braves gens".
Par delà les nombreux thèmes abordés, racisme, post-colonialisme, hyper-terrorisme, culte d'une identité nationale primordiale et éternelle (avec des accents qui rappellent fortement les pratiques du IIIème Reich), c'est la manipulation politique qui est au coeur de ce roman machiavélien. Fabrice Lardreau mêle habilement quantité d'éléments légèrement décalés de notre réalité pour décrire un pays en voie de réaction nationaliste, ce qui donne une plausibilité inquiétante à son histoire. On mettra aussi à son crédit quelques trouvailles narratives intéressantes (notamment un Rewind de grande qualité) ainsi qu'un ton à mi-chemin entre le parlé et l'écrit, qui, en s'adressant au lecteur, donne l'impression d'un documentaire.
Reste le débit. Fabrice Lardreau est un auteur français et, comme je l'ai déjà écrit plusieurs fois, il manque aux auteurs de ce pays la folie et l'excès qui font les grandes oeuvres. Il manque aussi l'art de la description exhaustive."Nord absolu" est intéressant et agréable à lire mais il n'est ni "1984", ni "Le meilleur des mondes". Alors, pour conclure, détournons Sade et écrivons "Auteurs français, encore un effort pour être George Orwell".
Nord absolu, Fabrice Lardreau

A suivre


Je n'avais pas aimé le roman "The road" et je l'avais écrit (si on peut appeler ça écrire) ici. La faute à un style desséché, surement voulu comme illustration de la désolation du monde décrit.
Au cinéma, plus de problème de style. reste le fond, beau et poignant. Une histoire d'amour entre un père et son fils dans un monde désolé. L'espoir d'une survie possible malgré les innombrables dangers. Des scènes très dures dont la dureté n'est que le reflet de celle du monde, post-apocalyptique et uniformément gris, dans lequel cheminent les deux "héros" du film. Un film à voir.
La route, John Hillcoat

dimanche 13 décembre 2009

Anacyclose


"Un cantique pour Leibowitz" fait partie de ces ouvrages tellement classiques qu'on se dispense de les lire car on a l'impression de les connaitre sans les avoir jamais ouverts. Grave erreur. Car "Un cantique..." est un beau livre, fort et poignant, auquel il faut se frotter pour en tirer la substantifique moelle.
Après l'anéantissement nucléaire de la plus grande part de l'Humanité, l'ordre monastique de Saint Leibowitz va, pendant 1800 ans, préserver des fragments du savoir ancien de l'oubli. Après une véritable Renaissance, l'Humanité s'anéantira enfin complètement dans une nouvelle guerre nucléaire.
Par sa construction narrative en parabole inversée et l'impression de nostalgie qu'il laisse, "Un cantique pour Leibowitz" m'a rappelé le chef d'oeuvre de Daniel Keyes "Des fleurs pour Algernon". Et ceci malgré une différence capitale, "Un cantique..." est un roman sans héros. 1800 ans d'Histoire sont développées en trois périodes séparées de plusieurs siècles et le seul "personnage" pérenne est l'Ordre de Saint Leibowitz, institution bimillénaire qui survivra même à la destruction ultime. Notons que cette absence de personnage principal ne nuit jamais à l'intérêt du roman.
Dans un style érudit, parsemé de citations latines, Walter M. Miller aborde quantité de thèmes par le biais de conversations et de réflexions introspectives. La notion de patrimoine, sa validité historique et son utilisation sont au coeur du récit ainsi que l'opposition entre la conservation du patrimoine comme objet vivant et la statufication muséologique qui n'a d'autre fin qu'elle-même. Nous voyons aussi, en lisant le roman, comment l'Histoire s'écrit, comment les faits deviennent légendaires en perdant de leur netteté, comment les positions institutionnelles sont transformées par l'imperfection de la mémoire (les personnages réels dont nous avons suivi les pérégrinations dans la première partie deviennent des figures légendaires dont on peut douter de l'existence réelle dans les parties suivantes). La question de l'usage de la science est aussi clairement posée, ainsi que celle de la conscience morale qui devrait présider à sa gestion, reprenant en cela l'assertion rabelaisienne matérialisée par un personnage de poète à l'oeil amovible. Le roman est aussi parcouru de part en part par des manifestations de ce qu'on nomme la "querelle des deux glaives" et qui durant le Moyen-Age opposera empereurs et rois au pape pour la suprématie européenne. L'hubris de l'Humanité qui ne sait jamais obéir ni se soumettre à la loi divine est cause des malheurs éternellement répétés qui la frappe. Chacune des oppositions que je viens de décrire est portée par des humains de chair et d'os, chacun convaincu de la validité de sa position théorique et de la justesse de sa cause. Chacun de nous est donc le mauvais de ses mauvais. Et l'enfer est pavé de bonnes intentions.
Roman de la guerre froide (écrit dans les années 50), il est hanté par la peur nucléaire et les images de monstres qu'a engendré Hiroshima. L'auteur a la tentation de l'innocence perdue et du jardin d'Eden alors qu'aux Etats-Unis on fait avancer l'horloge de l'apocalypse.
"Un cantique pour Leibowitz" est, je le répète, un beau livre et une belle interrogation écrite presque 20 ans avant le "Dans le château de Barbe-Bleue" de Georges Steiner. Pas mal pour une littérature que d'aucuns qualifient de distractive.
Un cantique pour Leibowitz, Walter M. Miller

vendredi 11 décembre 2009

Au dela du réel

Chacun devrait avoir vu ça :

mardi 8 décembre 2009

Que faire ?


Dans une société médiévale en cours de passage au totalitarisme, des observateurs humains d'origine extra-planétaires, aux pouvoirs immenses, observent, témoignent, tentent de valider des lois historiques empruntant autant au marxisme qu'à la psychohistoire.
Réédition d'un classique de la littérature russe (ou soviétique) ; et ce fascinant roman a le gout de ce qu'il est. Roman russe, il donne à voir une galerie de personnages haut en couleurs s'affrontant dans des dialogues où l'emphase et parfois l'absurde règnent en maitres. Impossible de ne pas penser à Dostoïevsky, par exemple dans "L'Idiot", en ce qui concerne le style des conversations/déclamations. Russe aussi par l'évocation de la forêt, mystérieuse et omniprésente, par la cruauté des nobles dans une société ultra-hiérarchisées, russe enfin par le sens de l'absurde des situations et de la galerie de personnages secondaires incongrus qui peuplent le roman. Soviétique, "Il est difficile d'être un Dieu" l'est par de multiples références à la Russie communiste, les quelques références à Hitler comme Némésis mythique, et le "fascisme" comme archétype de la dictature totalitaire. La société décrite par les auteurs a beau ressembler à celle de Staline, qu'ils connaissent par ailleurs bien mieux, l'ennemi ne peut qu'être fasciste.
Au-delà de la description, déjà vue mais originale par son côté slave, d'une société totalitaire (ici naissante) anéantissant la culture, "Il est difficile d'être un Dieu" vaut par une description fouillée du dilemme de l'observateur. Comment observer sans intervenir ? Comment laisser les lois supposées de l'Histoire écraser des hommes au nom d'un évolutionnisme théorique ? On pense à la Culture de Ian Banks, on pense aussi au cycle de Fondation d'Asimov. Peut-on, doit-on manipuler le développement des sociétés, et si oui, comment le faire ? Comment supporter la vision des lâchetés et des compromissions de ceux qu'on est sensé aimer et qui se conduisent comme des merdes pour sauver encore quelques temps leur misérable vie ? Seuls les plus froids survivront à cette épreuve. Les plus humains meurent ou deviennent fous. Le destin de combien de journalistes ou de casques bleus ?
Il est difficile d'être un Dieu, Arkadi et Boris Strougatski

dimanche 6 décembre 2009

Catalogue


Nouvel ouvrage ActuSF, le petit recueil de nouvelles publié à l'occasion des Utopiales. Toujours le même à priori favorable, et encore la même légère déception à l'arrivée.

Je crois que le meilleur texte, et de loin, est la préface écrite par l'érudit Ugo Bellagamba. Présentant l'univers fantastique dans un ballet de références, cette préface est un vrai plaisir de lecture.

Passé cet apogée, les six textes qui composent le recueil jalonnent, dans le désordre, la redescente. Aucun n'étant mauvais, je vais exceptionnellement les chroniquer tous. Aucun n'étant indispensable, je le ferai de manière succincte.

RC Wilson, les Perséides, un texte intrigant et plutôt bien écrit sur la notion typiquement wilsonienne d'entités supermacroscopiques parcourant les galaxies. La narration évoque Lovecraft. Malheureusement une fin trop abrupte gâche un peu ce qui reste un bon texte.

Catherine Dufour, Un temps chaud et lourd comme une paire de seins, intéressante altération du rapport de domination homme/femme (sûrement un texte que Maïa Mazaurette adorerait). Agréable à lire. Dommage que l'histoire racontée ne serve qu'à donner un squelette à la chair du concept, qui est l'inversion du rapport de force des sexes.

Walter Jon Williams, Elvis le Rouge, uchronie dans laquelle le frère jumeau d'Elvis est celui qui a vécu (voir l'histoire d'Elvis pour plus de détails). Celui-ci fait des choix différents de ceux que nous savons avoir été faits par son frère, amenant à un monde semblable mais différent. Honnêtement, Elvis on s'en fout un peu.

Pierre Bordage, De ma prison, les lecteurs assidus de ce blog savent que j'aime bien ce que fait Pierre Bordage, mais ce délire mystico-philosophique ne m'a vraiment pas convaincu. N'est pas Khalil Gibran qui veut.

Stephen Baxter, George et la comète, ce texte n'est pas très profond mais il a au moins le mérite d'être drôle en décrivant les maigres péripéties de deux consciences humaines égarées dans des corps de lémuriens, à la fin des temps solaires.

Jean-Philippe Jaworski, Préquelle, comme toujours chez Jaworski le style est limpide. L'histoire (devrais-je dire l'Histoire ?) se développe dans la tradition des nouvelles "à chute" de Weird Tales par exemple. Amusant à lire, de peu de conséquence.

Au bilan, rien de rédhibitoire mais rien de transcendant, si ce n'est, je le redis, l'excellente préface de Bellagamba.

Utopiales 09, anthologie

mercredi 2 décembre 2009

La chair est triste


"69", anthologie érotique de SF, publiée chez ActuSF. A priori favorable pour cette petite maison d'édition, et pour le thème imposé de cet ouvrage.
Radotons immédiatement : "dans toute anthologie il est rare que tous les textes plaisent", néanmoins celle-ci ne restera pas un souvenir impérissable et ceci pour deux raisons, indépendantes malheureusement des questions de goûts. D'une part, dans trop de textes la SF ou le fantastique sont réduits à la portion congrue or ils formaient l'argument du livre ; d'autre part on trouve bien peu de joie dans ces nouvelles érotiques. Je garde, par comparaison, un souvenir ému de l'antédiluvienne anthologie "Histoires de sexe-fiction", publiée il y a très longtemps au "Livre de poche", qui avait l'amabilité de satisfaire le lecteur sur ces deux points.

Restent quelques textes agréables à lire et respectant le contrat de départ :

Maïa Mazaurette, Saturnales, l'un des très bon textes. Science fictif, intelligent, et drôle, il invite à ce que Ballandier appelait le détour anthropologique. Une réflexion sur les apparences, la perfection, et la perversité comme écart à la norme. De la belle ouvrage.

Charlotte Bousquet, Les métamorphoses d'une martyre, un hommage à Baudelaire par un auteur qui a su retrouver le style des poèmes en prose du maitre du romantisme morbide. Pour amateurs ; j'en suis.

Jean-Marc Ligny, Vestiges de l'amour, une intéressante trame narrative sur le thème de la succube et de l'usure du couple. Pas bien gai, mais fascinant.

Joëlle Wintrebert, Camélions, très science-fictive, sans doute la plus éloignée du prosaïsme. L'union sexuelle entre une humaine et des entités extra-terrestres sur une planète hostile pose les bases de l'apparition d'une nouvelle espèce. J'aimerais une suite.

69, anthologie

L'avis de Papa Fredo

lundi 30 novembre 2009

Décevant


Je suis un vrai amateur des romans de RC Wilson et un fanatique de la littérature post-ap ; "Julian Comstock" avait donc à priori tout pour me plaire. Au 22ème siècle, le monde est revenu au niveau technologique du 18ème siècle à cause de la fin de ce que Wilson nomme "l'efflorescence du pétrole". Passés "la chute des cités" et "la fausse tribulation", une version déformée de la société américaine, féodale et cléricale, s'est mise en place. Julian Comstock, jeune aristocrate voué à la mort par son oncle, le tyrannique Président Deklan, part à la guerre, devient un héros, devient Président après un coup d'Etat, s'attaque à la toute puissance de l'Eglise et meurt de la variole.
Fourmillant d'idées, le roman ne sait jamais devenir intéressant, par la faute d'un narrateur, proche de Comstock, falot et absurde, et d'une trame narrative désespérément lente et tangentielle. Quand au contexte post-ap, il n'est qu'un décor, jamais utilisé, sauf pour justifier la volonté, avortée, d'une Renaissance. Une vraie déception.
Julian Comstock, Robert Charles Wilson

jeudi 19 novembre 2009

Enfin !


J'ai rarement mis autant de temps pour terminer un livre. L'anthologie "New space opera 2" est très inégale et très longue avec 19 textes, de bonne longueur pour la plupart. On y croise de l'humain, du post-humain, du presque sans humain, mais aussi du très classique ne méritant pas vraiment le qualificatif New accolé à Space opera dans le titre. Un certain nombre de textes humoristiques. Du très court au très long. Qu'ai-je trouvé à mon goût dans cet hétéroclite équipage ? Malheureusement peu de choses.

Robert Charles Wilson, Utriusque Cosmi
, texte décevant de Wilson dans lequel manque ce qui habituellement fait sa force, des personnages détaillés et attachants (je n'écris jamais d'habitude, pour les anthologies, sur les textes que je n'ai pas aimé, je le fais ici car j'attendais vraiment mieux de Wilson).

Peter Watts, The island, peut-être la meilleure nouvelle. Dans un écrin d'action, une réflexion passionnante sur les formes que peut prendre l'intelligence, un huis-clos hostile entre un vaisseau et son équipage, et une illustration futée de la culpabilité de l'homme blanc, même dans l'espace profond.

John Barnes, The lost princess man, excellente histoire au style noir. Nombreux twists et un usage plutôt amusant et original de la réalité vurtuelle.

Neal Asher, Shell game, une histoire de guerre sur fond de fanatisme religieux. L'arme utilisée pour gagner la guerre est le fanatisme lui-même qui l'a engendrée. Inventive nouvelle de military space opera.

Garth Nix, Punctuality, ultra-courte nouvelle avec un joli petit twist final.

Bill Willingham, Fairless space pirates of the outer rings, une amusante histoire très old style space op qui aurait pu être écrite dans les années 50. Enlevée et drôle, c'est un plaisir de lecture. A noter que Bill Willingham est l'auteur du comic "Fables" dans lequel les personnages de contes de fées vivent ici et maintenant, ou presque.

Elizabeth Moon, Chameleons, très belle histoire noire dans une station spatiale. Comment un bienfait n'est jamais perdu, et comment les king's men deviennent des king's men.

Tad Williams, The tenth muse, c'est une histoire agréable à lire, un peu gâchée à mon sens par une fin improbable.

John Scalzi, The tale of the Wicked
, bel hommage à Asimov et à ses lois de la robotique. Exégèse et prosélytisme. Surprenant de bout en bout, avec une vraie maitrise du "style" Asimov.

Voila ! 8 sur 19. Le reste...

Faudra que j'essaie de lire un roman de Scalzi.

The new space opera 2, anthologie

dimanche 8 novembre 2009

Pré-lynchien


Rien de fantastique dans "Enfer clos" malgré son tag, et pourtant le récit proposé est tellement borderline qu'il m'est impossible de ne pas le qualifier ainsi.
Tiré d'un fait réel, "Enfer clos" décrit l'enfermement de deux frêres et leurs deux soeurs qui, pour échapper à la honte, se cachent dans une maison de campagne à la fin de la guerre, en 1945, et n'en ressortent que 40 ans plus tard. 40 années de claustration durant lesquelles ces 4 prisonniers volontaires vont descendre jusqu'au fond de la bassesse et de la folie. Violences quotidiennes, viols incestueux, meurtre, cannibalisme ; en un temps aussi long les démons de l'esprit humain ont pu développer tout leur potentiel.
La narration de Claude Ecken retranscrit bien l'effacement progressif du temps dans une vie où n'existe plus qu'un éternel présent. Il introduit aussi subtilement la folie qui affecte tous ces prisonniers volontaires. Le roman se lit d'une traite tant on a envie de savoir jusqu'où ça peut aller.
Sur le pourquoi de ce déchainement de folie, Ecken ne donne explicitement pas d'explication. Il ne sait pas. Sur la passivité du village proche qui a vécu en sachant que cette maison existait et qu'il s'y passait de curieuses choses, non plus. En ce qui me concerne, ça m'a remis en mémoire un passage de Khalil Gibran : "Souvent je vous ai entendu parler de celui qui fait un faux pas comme s'il n'était pas l'un des vôtres, mais un étranger parmi vous et un intrus dans votre monde. Mais je vous dis que comme les saints et les justes ne peuvent s'élever encore plus haut que ce qu'il y a de plus noble en vous, ainsi les méchants et les faibles ne peuvent également sombrer plus bas que ce qu'il y a de plus vil en vous. De même que pas une seule feuille ne peut jaunir sans que l'arbre entier le sache tout en restant discret, ainsi nul homme ne peut mal agir sans que vous tous le vouliez en secret.".
Un seul regret, le style d'Ecken manque de folie et il ne donne pas à cette histoire lynchienne la démesure qu'elle imposait.
Enfer clos, Claude Ecken

Banalité du mal


Dans le devoir de mémoire, ce qui m'a toujours gonflé c'est le devoir. La mini-série "Magneto : le testament" donne envie de faire ses devoirs d'Histoire. Néault en parle très bien ici, je ne vais pas dire moins bien sur mon blog ce qu'il dit mieux sur le sien. Je dirai simplement ici que c'est une très bonne idée pour tout un chacun de lire "Magneto : le testament", tant il est parfois vrai qu'un bon dessin vaut mieux qu'un long discours.
Magneto : le testament, Pak, Di Giandomenico

mardi 27 octobre 2009

Mieux vaut tard que jamais


Depuis les philosophes grecs il est admis que l'art est une transcription de l'univers des idées dans le monde sensible. De ce point de vue "District 9", que je viens enfin de voir, est incontestablement une œuvre d'art. Réalisé comme un documentaire au moins dans son excellente première partie (et évoquant dans la forme le "World War Z" de Max Brooks), "District 9" est une allégorie ultra réaliste sur les réfugiés et l'apartheid. Intelligent et subtil le film aborde sans didactisme, par touches pointillistes, des questions aussi diverses que le racisme violent (sans oublier sa version ordinaire et paisible), la différence et les problèmes qu'elle entraine, la gestion des populations réfugiées, la criminalité endémique dans les zones de confinement, les trafics dans les deux sens, l'exploitation des incompréhensions culturelles. On y voit un monde dans lequel des Etats arrivés au bout de leur déliquescence laissent multinationales et mafias face à face, dans un no man's land qui rappelle furieusement le Mogadiscio du "Black hawk down" de Ridley Scott (le film est d'ailleurs truffé de références que je vous laisse le soin de découvrir). On finit par y prendre partie pour un alien vraiment peu ragoutant, et par soutenir un héros humain qui n'avait à priori ni la carrure physique ni la grandeur morale, un bon beauf écœuré par le traitement inhumain que l'organisation réserve à ceux qu'elle considère comme expendable, et qui va se découvrir une capacité de sacrifice inattendue. La deuxième partie, plus classique dans son traitement d'actionner SF, offre moins au spectateur sans gâcher l'ensemble.
Au final ça donne un très bon film, émouvant, intelligent, et foutrement efficace.
District 9, Neill Blomkamp

L'avis d'El JC

lundi 26 octobre 2009

HBO style


"Les aigles de Rome" de Marini est une superbe série de bande dessinée. A travers l'histoire de l'amitié, puis sûrement (les futurs tomes le diront) de la rivalité de deux frères de lait, dans le contexte des guerres aux marches germaines que Rome devra mener durant des siècles, Marini peint une fresque de la société romaine du début de l'Empire. Réaliste dans sa description, et à mille lieux de la vision lisse des péplums des années 50, elle est donc, comme la société décrite, violente, sauvage, païenne, très sexuée. La politique est le jeu des patriciens et les charges militaires leur devoir. L'assassinat est l'un des moyens normaux de la vie politique et nul n'est en sécurité la nuit dans l'Urbs.
Servie par les graphismes magnifiques de Marini, la série évoque fortement le "Rome" de HBO par son réalisme et sa crudité.
Les aigles de Rome, vol. 1 et 2, Marini

mercredi 21 octobre 2009

Le Kindle est bô

Reçu ce matin. UPS 48 heures. Le Kindle est très beau, très léger, très mince, très intuitif à utiliser, très tout :-)

J'ai réussi à régler le problème des livres indisponibles à la commande en France évoqué dans le post précédent. Il faut deux choses pour cela : besfttf qptubmf vt fu bopoznjtfvs xfc (si vous n'arrivez pas à craquer ce code ultra compliqué inutile de commander un Kindle ;-)

Je le garde donc. Ça m'aurait vraiment fait mal au cœur de le renvoyer (c'est quand même dommage de devoir faire tout ce binz quand on est comme moi parfaitement d'accord pour payer les téléchargements et donc les droits d'auteur).

J'ai déjà téléchargé le dernier RC Wilson non traduit "Julian Comstock", un extrait du "Temporal Void" de Peter F. Hamilton pour décider si je l'achète ou pas et enfin "Terror" de Dan Simmons (ça c'est une fausse manip' car je l'ai en papier, tant pis pour moi). J'ai aussi rempli le Kindle avec tout un tas de documents professionnels qui deviennent ainsi ultra portables. Je suis content.

Vrai mais daté


Lire "L'homme unidimensionnel" c'est s'attaquer à une légende écrite dans un style tout sauf fluide. C'est un peu comme gravir l'Everest.
La pensée de Marcuse, plus célèbre représentant du freudo-marxisme, est parfois fulgurante. Il décrit un monde dans lequel la consommation de masse et la publicité ont aboli toute possibilité de révolte. A coups de loisirs, de tourisme, de plaisirs matériels, la classe populaire, comme la nommera Bourdieu, est droguée comme l'est un héroïnomane (c'est plaisant mais ça rend mou). Tous, fraichement sortis de la misère crasse de la Révolution industrielle, ont trop à perdre à risquer leur confort petit bourgeois, et l'idéologie véhiculée par les média de masse réalise sans difficulté son travail de domestication. Une éventuelle révolte ne peut venir que des marges, que de ceux qui n'ont rien, une révolte des esclaves semblable à celle conduite par Spartacus (rappelons pour l'anecdote que Marcuse a été spartakiste).
Reprenant l'antienne de Keynes sur la productivité, Marcuse martèle que la technique devrait servir à diminuer drastiquement le temps de travail afin que l'homme puisse se consacrer à des passions autonomes. Il constate avec consternation que les progrès productifs ne servent qu'a produire plus de biens fondamentalement superflus, dont la "nécessité" est imposée au peuple par la triade publicité/marketing/média (c'est ici l'opposition qu'il fait entre vrai et faux besoins, l'alternative étant entre besoins autonomes et besoins imposés). Mais, comme dans la définition de la vertu que donne Oscar Wilde, la douleur doit précéder le plaisir, et le travail, le loisir. L'homme devient un producteur aliéné car on l'a convaincu qu'il voulait être un consommateur. Les produits véhiculent avec eux le désir des produits, la consommation de loisirs devient l'ultima ratio du travail salarié. Le système de socialisation fonctionne tellement bien qu'il fait que même ceux qui sont en position d'infériorité dans la société ne la remette pas fondamentalement en cause car elle leur a apporté un peu de confort et de bien-être. On est proche ici de la fable du chien et du loup avec le peuple dans le rôle du chien. Et même la démocratie est illusoire tant on ne choisit que dans une offre et à l'intérieur d'un cadre figé. Comme l'écrit Marcuse, "Le fait de pouvoir élire librement des maitres ne supprime ni les maitres ni les esclaves".
Marcuse a beaucoup inspiré. Pour ne citer que deux œuvres que j'apprécie, le mécanisme de domination bourdieusien (qui ne peut fonctionner qu'avec la complicité objective de ceux qui subissent), et l'oeuvre d'Habermas notamment dans "La science et la technique comme idéologie" prolongent et développent la pensée de Marcuse. Et, à la sortie d'un parc de loisir dans lequel j'avais été familialement contraint à me rendre, après avoir vu tous ces gens dont le revenu des heures supplémentaires payait des tours supplémentaires de chenille ou d'acrobranche, il m'a semblé que je ne pouvais différer plus longtemps la lecture de cet ouvrage qui est sur ma pile virtuelle depuis vingt ans au moins.
Au passif de ce livre un contexte très daté (guerre du Vietnam, URSS) dont il faut s'extraire.
L'homme unidimensionnel, Herbert Marcuse

lundi 19 octobre 2009

Faux roman


Le début de "Holy fire" (70 à 80 pages) est passionnant. Bruce Sterling décrit une société gérontocratique et hygiéniste à l'extrême dans laquelle le contrôle social lié à la santé est permanent (sans doute la société vers laquelle nous nous acheminons à mon grand regret). Cette partie foisonne d'idées, de concepts. Puis l'héroïne part en Europe y vivre vraiment, loin de toute contrainte. Et là il ne se passe plus rien d'intéressant à part les tribulations d'une vieille femme rajeunie par un traitement d'avant-garde qui découvre à presque 100 ans qu'on peut vivre très longtemps une vie qui n'apporte rien, et que le "feu sacré" consiste à vivre pleinement pour le temps qu'on a.
Un quart du livre vaut la peine d'être lu. Il aurait mieux valu en faire un essai.
PS : Décidément "Le feu sacré" est un titre à éviter, je me souviens d'un très mauvais roman d'Isi Beller qui s'intitulait aussi comme ça.
Holy fire, Bruce Sterling

BEWARE !


Amazon livre depuis ce matin son Kindle 2 à l'international. A priori cette nouvelle me réjouit MAIS des questions de copyright font qu'une partie seulement du catalogue Kindle sera téléchargeable en Europe. Je laisse les personnes intéressées aller voir les "chefs d'œuvre" qui sont libres de droits en nos contrées.
Je vous livre gratuitement cette information qui va me couter une trentaine d'euros de frais de renvoi, en effet j'ai passé commande donc je vais recevoir puis je vais renvoyer.

samedi 17 octobre 2009

La vérité est ailleurs


De Christophe Bec j'avais apprécié "Sanctuaire". Nouvelle série en cours : "Prométhée", dont 2 tomes sont déjà sortis.
A l'aide d'un graphisme presque photo-réaliste de belle facture, Bec raconte une histoire, pour l'instant encore obscure, de conspiration, de mythologie, d'extra-terrestres ? Impossible à démêler après seulement deux tomes, mais le scénario, Charles Fortien à souhait, est intrigant car déroutant. Bec lance des pistes, dont beaucoup sont certainement fausses, et promène le lecteur dans une myriade d'hypothèses. Ce dernier tourne vite les pages (non sans s'attarder sur certaines images vraiment magnifiques), voudrait tout savoir vite, finit frustré et impatient de connaitre la suite.
Nombreuses références, nombreuses et longues explications scientifiques, plans fixes de média, doubles pages spectaculaires, "Prométhée" évoque parfois plus un roman illustré qu'une vraie BD. Et loin d'être un défaut, c'est une réussite. Bec utilise le médium BD d'une manière innovante en proposant au lecteur un album à l'intersection du reportage, du roman, de la série télé, et bien sûr, quand même, de la bande dessinée.
Qu'on aime ou pas (j'ai aimé), difficile pour l'amateur de BD de passer à côté de ces albums qui inventent un style.
Prométhée, vol. 1 et 2, Christophe Bec